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27/8/10Evaluation de la communication pré-verbale ( étude concernant l'Orthophonie et l'autis

Merci à Mme Emmanuelle PRUDHON Orthophoniste ayant participé à cette étude qui nous a transmis ce document, que vous retrouverez dans le Bulletin Scientifique de l'ARAPI n°24 de décembre 2009 pages 52 à 58.

Auteurs :Agnès BOIDE, orthophoniste, Sessad TED « Mille Sabords » Rennes
Emmanuelle PRUDHON, orthophoniste, ADAPEI 44
René Tuffreau, pédopsychiatre



Les troubles de la communication, qu’ils soient verbaux ou non verbaux sont l’un des critères
diagnostiques de l’autisme et des troubles envahissants du développement (CIM10, DSM IV
R).
Les recommandations pour la pratique clinique du dépistage et du diagnostic de l’autisme
et des troubles envahissants du développement nous imposent une évaluation de la
communication afin d’établir un profil de communication, y compris chez les personnes non
verbales.
Le décret de compétence des orthophonistes (J.O. n°104 du 4 mai 2002 p.8339) affirme que
l’orthophonie consiste, entre autres, à dispenser l'apprentissage d'autres formes de
communication non verbale permettant de compléter ou de suppléer ces fonctions.

Pour ce faire, l’orthophoniste, dans le cadre de la prescription médicale établit un bilan.

L’orthophoniste dispose de certains outils pour évaluer la communication préverbale :

- des épreuves standardisées :
L’ECSP (Echelle d’Evaluation de la Communication Sociale Précoce. Guidetti et al.
1993).
L’ECA-R (Echelle des Comportements Autistiques Révisée. Lelord et al. 1989).
La CARS-T (Childhood Autistic Rating Scale. Shopler et al. 1988).
- des questionnaires :
La grille d’évaluation de la communication spontanée de A. Schuler (Cuny et al.
2000). Cette grille est remplie en présence des parents de l’enfant.
L’ADI-R (Autism Diagnostic Interview. Rutter et al. 1993).
- des grilles de lecture :
La grille d’observation des comportements de demandes (Savouillan. 1997).
La Vineland (Echelle d’évaluation du comportement adaptatif. Sparrow et al. 1984).
L’ADOS-G (Dilavore et al. 1995).
La liste de Wetherby et Prutting (1984). Cette liste a été adaptée par Livoir-Peterson
(1989) puis par Fernandes (1997).

La plupart des enfants avec autisme accueillis au sein de la section SEHA de l’IME « La
Baronnière » à Orvault (44), n’ont pas ou peu accès au langage verbal.

Une des missions de l’orthophoniste est, sur prescription du pédopsychiatre de l’établissement, l’évaluation systématique des enfants nouvellement admis (cette évaluation systématique n’est pas réalisée lorsque l’enfant a déjà été évalué au cours des douze derniers mois ou lorsque l’enfant
bénéficie d’une rééducation antérieure à son entrée à l’IME et que celle-ci perdure).

Ces évaluations donnent lieu ou non à des indications de rééducation.
Elles permettent un éclairage plus précis des compétences de ces jeunes en matière de communication et participent, de ce fait, à la construction du projet individualisé.

Les jeunes, suivis en
rééducation orthophonique sont régulièrement évalués (tous les 12-18 mois).

Les enfants ne
bénéficiant pas de rééducation peuvent aussi être réévalués à la demande du pédopsychiatre,
de l’équipe éducative ou des parents.

Au regard de ce contexte de travail, nous avons critiqué les outils pré-cités :

L’ECSP n’a pas été retenue comme outil d’évaluation au sein de l’IME car la cotation des
résultats est difficile lorsque l’examen n’est pas filmé (les conditions matérielles nécessaires
ne sont pas disponibles dans l’établissement).

L’ECA-R : Cette échelle qui a un objectif d’évaluation clinique des troubles autistiques n’a
pas de spécificité suffisante pour les questions de communication

La CARS-T présente pour l’évaluation orthophonique les mêmes inconvénients que l’ECA-R.

L’ADI-R est un outil diagnostique. Tous les items ne concernent pas la communication.
La grille d’observation des comportements de demandes est trop restrictive car elle ne tient
compte que des demandes.

Trop peu d’items de la Vineland concernent la communication préverbale.

L’ADOS-G est un outil diagnostique.
De plus, la séance nécessite d’être filmée et les
conditions matérielles nécessaires ne sont pas disponibles dans l’établissement.
La liste de Wetherby et Prutting est l’outil qui nous est apparu comme le plus fonctionnel
dans le cadre des évaluations orthophoniques au sein de la SEHA.

Cette liste nous sert à
structurer le bilan orthophonique de communication lors de sa rédaction.
Cependant, l’évaluation orthophonique structurée à l’aide de la liste de Wetherby et Prutting
ne nous satisfaisait pas entièrement.
Elle ne reflétait qu’un des aspects de la communication
de l’enfant : celui qui était observé sur un laps de temps court, en interaction avec une
personne connue mais non familière, l’orthophoniste.
Nous avions besoin de confronter nos
observations à celles de la famille et de l’équipe éducative.

L’une des auteurs, alors stagiaire dans l’établissement, a accepté d’élaborer, à partir d’un
questionnaire précédemment construit, un protocole d’évaluation de la communication qui
réponde aux besoins spécifiques de l’établissement.

Ce protocole est constitué :

- d’un questionnaire, à la fois, destiné aux parents et aux éducateurs,
- d’un entretien avec les parents afin d’approfondir le questionnaire
- de l’observation de la communication de l’enfant lors d’une activité de ce dernier avec
un éducateur.
Un questionnaire est également rempli par l’orthophoniste suite à
l’observation.

Le questionnaire a été élaboré à partir de la liste de Wetherby et Prutting. Il se présente sous la
forme de questions ouvertes, par exemple :

- Comment fait l’enfant pour demander un objet qu’il aime ?

o lorsque l’objet est proche de lui ?
o lorsque l’objet est éloigné ?
o Lorsque l’objet ne se trouve pas dans la même pièce ?

Une estimation de la fréquence d’apparition du comportement de communication observé est
demandée. Cette cotation de la fréquence (0 : jamais. 1 : parfois. 2 : souvent. 3 : très souvent.
4 : toujours) est issue des travaux de l’équipe de Tours (Lelord et al. 1989).

Cette cotation
avait pour objectif premier de prendre acte, pour une même fonction de communication, de la
fréquence relative des différents moyens mis en oeuvre.

Nous nous sommes aperçus que les
cotations recueillies ne répondaient pas à notre attente première mais correspondaient à la
fréquence du comportement de communication.

L’analyse des questionnaires a été réalisée, pour un comportement communicatif donné, par
fréquence d’apparition de ce comportement et par recensement des moyens de communication
utilisés pour le remplir.
Pour chacun de ces moyens, des niveaux de communication sont déterminés.

Un tableau des fréquences des niveaux de communication observés pour chaque moyen de
communication est également proposé.

Ce tableau a pour objectif de visualiser, pour chaque
moyen de communication, la nature du moyen préférentiel.

Ce tableau met également en évidence les possibilités émergentes de l’enfant.
Les questionnaires ont donné lieu, d’autre part, à l’analyse des moyens de communication
utilisés pour chaque comportement.

Cette analyse, basée sur les niveaux de communication
définis par Astrid Van der Straten, a été élaborée par S. Savouillan (1997) dans son mémoire
d’orthophonie :

Regard :
Niveau 1 : regard absent, détourné
Niveau 2 : regard orienté vers un objet
Niveau 3 : regard vers un objet et coup d’oeil vers l’adulte
Niveau 4 : regard de l’objet à l’adulte

Voix
Niveau 1 : absence de vocalises
Niveau 2 : vocalisations non spécifiques
Niveau 3 : vocalisations spécifiques (intonation montante, duplication de syllabes)
Niveau 4 : verbalisations

Gestes, postures et mimiques
Niveau 1 : absence de gestes, mobilisation du corps. Enfant immobile, impassible (visage).
Niveau 2 : mouvements réflexes, orientation du corps vers l’objet ou l’adulte, mimiques
relatives à un état interne.
Niveau 3 : gestes et postures intentionnels, d’indication spécifique ou non spécifique,
mimiques adressés à l’adulte.
Niveau 4 : gestes et postures symboliques (mime, tapotement, etc.), conventionnels (pointage,
mimique interrogative).

Les activités semi structurées proposées lors de l’observation de la situation de
communication sont basées en partie sur celles utilisées dans l’ADOS-G : temps de goûter,
bulles de savon, ballon de baudruche, temps libre avec le matériel à disposition.
Deux grilles
ont été construites afin de faciliter le recueil des observations : une grille pour le temps de
goûter, une grille pour les autres activités.

L’entretien avec les parents est un entretien semi dirigé.
Il est composé de plusieurs temps :

- Un premier temps de discussion basé sur le questionnaire préalablement rempli.

Cette discussion permet de reprendre les questions qui ont posé difficultés ou dont les
réponses nous semblent trop brèves.

- Un second temps durant lequel des questions plus personnelles sont introduites : ces
questions ont été validées par la psychologue de l’établissement.

Cette partie de
l’entretien vise à mettre en évidence les modes de fonctionnement parents/enfant
(activités proposées, types d’échanges) d’un point de vue communicatif.

Ceci est sous tendu par l’hypothèse que l’arrivée d’un enfant avec autisme dans une famille
bouleverse son organisation, son fonctionnement.

D’aucuns disent que la famille
s’adapte à la rigidité de leur enfant avec autisme en transformant leur mode de vie.
Ce dernier deviendrait donc dépendant de cet enfant.
Ainsi, nous pouvons supposer que la
famille se plie au « mode de communication » de l’enfant, et par ce biais, nous
pourrions penser que l’enfant aurait un moins large éventail de formats (au sens de
Bruner) à sa disposition pour l’aider à apprendre à communiquer de façon plus
ordinaire.

- En conclusion de l’entretien, nous demandions les impressions des parents sur le
questionnaire (facilité ou non d’y répondre, intérêt suscité…).
Les comportements communicatifs de l’enfant étaient également mis en valeur.

L’utilisation de ce protocole auprès de 7 jeunes de la section SEHA, âgés de 8 à 15 ans nous a
permis :

- D’avoir un aperçu des capacités de communication de chacun de ces jeunes, qui
pourraient paraître comme « non communiquants » à une personne non avisée.
- De recenser les contextes (type d’activités, lieux, interlocuteurs…) favorisant la
communication de ces jeunes.
- De repositionner le jeune en tant que véritable interlocuteur.
- De montrer que, pour ces 7 jeunes, la protestation est la fonction qui mobilise le plus
l’association des différents moyens de communication (gestes, voix, regard).
- De remarquer que la multiplication des productions vocales n’est pas en soi forcément
une bonne chose au niveau de la communication : certains enfants présentent un
comportement particulièrement logorrhéique qui constitue une sorte de barrière sonore
qui vient faire obstacle à la communication.
- De découvrir au protocole un effet « thérapeutique » par la mobilisation des parents :
afin de remplir le questionnaire, les parents ont développé, souvent à leur insu, des
stratégies pour évaluer la communication de leur enfant.
Les parents modifient ensuite leur propre mode de communication.

Ce protocole d’évaluation de la communication préverbale de jeunes avec autisme est un outil
clinique, descriptif. Il a été conçu pour répondre aux besoins d’une équipe mais son utilisation
en exercice libéral ou ambulatoire nous semble possible.
L’observation de la situation de communication peut être réalisée avec l’un des parents.

Depuis son élaboration, ce protocole a été utilisé sur une plus large population (enfants,
adolescents et adultes avec autisme mais également avec d’autres pathologies comme le retard
mental, le polyhandicap…) et dans des contextes différents (Centre de Ressources Autisme,
Foyer d’Accueil Médicalisé).

La proposition du questionnaire aux équipes et aux parents
amène ceux-ci à porter un regard différent, plus expert sur la communication de la personne et
à modifier, par la suite, les formats de communication proposés.

Un soutien régulier aux équipes et aux familles peut donc être proposé sous cette forme.

Bibliographie
Baghdadli, A, Beuzon, S, Bursztejn, C et al. (2006). Recommandations pour la pratique
clinique du dépistage et du diagnostic de l’autisme et des troubles envahissants du
développement. Archives de pédiatrie, 13, 373-378
Boidé, A. (2007). Proposition d’un protocole d’évaluation de la communication préverbale
d’enfants avec autisme. Mémoire d’orthophonie, Nantes.
Bruner,J. (1983). Comment les enfants apprennent à parler. Paris : Retz.
Cuny, F., Gasser, F. (2000). « Evaluation des capacités de communication verbale et non
verbale chez l’enfant autiste. Glossa, 70, 4-14.
Dilavore, P. C, Lord, C, Rutter, M. (1995). „The pre-linguistic autism diagnostic
observation schedule“. Journal of Autism and Developmental Disorders 25 (4), 355-379.
Fernandes, M-J. (2001). « L’évaluation des compétences communicatives chez l’enfant
autiste ». Rééducation orthophonique, 39 (207), 37-51.
Fombonne E, Achard S, Tuffreau R. (1995). « L'évaluation du comportement adaptatif :
l'échelle de Vineland ». Handicaps et Inadaptations, n°67-68. 79-90.
Guidetti, M, Tourette, C. (1993). L’ECSP ou l’Evaluation de la Communication Sociale
Précoce. Paris : EAP.
Lelord, G, Barthélémy, C. (1989). ECA : échelle d’évaluation des comportements
autistiques. Paris : EAP.
Livoir-Peterson, M-F. (1995). Essai comparatif sur l’ontogenèse des syndromes autistiques.
Thèse Montpellier I.
Rutter, M, Lord, C, Lecouteur, A. (1993). Interview pour le diagnostic de l’autisme-R,
recherche. (Plumet, M-H, Recassens, C, Waller, D, Leboyer, M. Trans). Paris : Inserm.
Savouillan, S. (1997). Emergence de la communication chez l’enfant autiste. Mémoire
d’orthophonie, Tours.
Schopler, E, Reichler, R. J.,Rochen-Renner, B. (1988). The Childhood Autism Rating Scale
(CARS). Western Psychological Service. Adaptation française par B. Rogé, Echelle
d’Evaluation de l’Autisme Infantile (CARS). Issy les Moulineaux : EAP.
Sparrow, S, Balla, D, Cicchetti, D. (1984). Vineland Adaptative Behavior Scales. Circle
Pines, MN : American Guidance Service.
Van der Straten, A. (1991). Premiers gestes, premiers mots : formes précoces de la
communication. Paris : collection Païdos, Centurion.
Wetherby, A-M, Prutting, C-A. (1984). “profiles of communicative and cognitive-social
abilities in autistic children ». Journal of Speech and Hearing Research, 27, 364-377.
Wetherby, A-M. (1986). « Ontogeny of Communicative Functions in Autism”. Journal of
Autism and Developmental Disorders, 16, n°3, 295-316.

Si cette étude vous intéresse :
http://autismepaca.wifeo.com/documents/Evaluation-de-la-communication3.pdf



 
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